Ah le beau DOM JUAN que voilà ! Nu, dans sa baignoire, un masque au concombre sur le visage, il déclame à Sganarelle son amour de la femme, des femmes :
Extrait…
Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier
objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui,
et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? La belle chose
de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de
s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort
dés sa jeunesse, à toutes les autres beautés qui nous
peuvent frapper les yeux : non, non, la constance n’est
bonne que pour des ridicules, toutes les Belles ont droit
de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première,
ne doit point dérober aux autres les justes prétentions
qu’elles ont toutes sur nos coeurs. Pour moi, la beauté
me ravit par tout où je la trouve ; et je cède facilement à
cette douce violence, dont elle nous entraîne ; j’ai beau
être engagé, l’amour que j’ai pour une belle, n’engage
point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des
yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les
hommages, et les tributs où la nature nous oblige…
Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Molières, comme Yves Burnier, le metteur en scène de ce Dom Juan, ne cherche pas forcément à faire ici son procès. C’est l’hypocrisie, qui, aujourd’hui comme il y a bientôt quatre siècles, est au centre du débat :
Extrait…
l’Hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour
vertus, le personnage d’homme de bien est le meilleur de
tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la
profession d Hypocrite a de merveilleux avantages. C’est
un art de qui l’imposture est toujours respectée, et quoi
qu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les
autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun
a la liberté de les attaquer hautement, mais l’Hypocrisie
est un vice privilégié, qui de sa main ferme la bouche
à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine….
… Combien crois-tu que j’en connaisse, qui
par ce stratagème ont rhabillé adroitement les désordres
de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau
de la religion, et sous cet habit respecté, ont la permission
d’être les plus méchants hommes du monde ?…
Cela vous rappelle t’il quelqu’un ? Allo Georges ?
Molières, dans toute son actualité, Yves Burnier dans toute sa modernité ! Bien belle soirée donc en vérité, bien beau théâtre, bien bel endroit décidément que ce Moulin neuf à Aigles !
Caramba_
