|
Chacun de nous parvient à concevoir sans problème aucun l’amitié comme plurielle. Nous partageons volontiers des moments différents avec différents amis sans jamais nous demander si nous lésons celui-ci ou celui-là. Chacun de nous encore envisage parfaitement d’aimer indifféremment ces propres enfants, là encore dans leurs pluralités et dans leurs différences. Certains iront même jusqu’à trouver choquant qu’on puisse affirmer les aimer différemment. Je ne connais personne qui se soit émue d’une seule chanson, d’un seul film, d’une seule œuvre d’art, d’un seul paysage, d’un seul regard, ni ne fréquente d’individus que la médecine qualifiera de mono maniaque, parce que justement souffrant d’une obsession unique. Jusqu’à l’instauration des religions monothéistes, il y a de cela à peine plus de quatre mille ans, les hommes de tous les continents vénéraient plusieurs Dieux. Historiquement, la seule relation sexuelle qui fut universellement réprouvée par l’humanité est celle entre une mère et ses fils. Mais on sait aujourd’hui, de même que chez les goélands, que c’est uniquement pour protéger l’espèce d’un appauvrissement génétique la condamnant à terme à disparaître. Un exemple de plus qui tendrait selon moi à prouver qu’unicité rime avec pauvreté. Alors, dans un monde né de la diversité, ou la variété des mœurs, des idées, des religions et des courants de pensées est aujourd’hui majoritairement acceptée, ou la pensée unique est officiellement critiquée, quel phénomène rare autant que singulier pourrait expliquer cette extraordinaire curiosité qui ferait qu’une proportion relative d’hommes et de femmes soit uniquement en mesure d’aimer une seule personne à la fois !? Comme l’écrit Jacques Attali en introduction de son livre “amours – Histoire des relations entre les hommes et les femmes”: Nul au monde, avant l’apparition du christianisme, n’a prétendu imposer à l’espèce humaine toute entière une monogamie absolue, une fidélité totale, une relation irréversible. Nulle religion n’a prétendu gérer avec une aussi grande précision la vie sexuelle de chaque fidèle. Pour Paul et ses disciples – affirme encore Jacques Attali – le sexe constituait un scandale alors que pour toutes les religions précédentes, c’est le célibat qui était insupportable. Même parmi le pourcentage toujours croissant d’entre nous qui se disent athées ou agnostiques, la majorité continue à colporter l’un des dogmes les plus contraignants du christianisme sans jamais se poser la question de savoir si celui-ci leur a été consciemment ou inconsciemment “imposé”. L’illusion sans doute d’un libre-arbitre… Je pense qu’il nous est donné et offert d’aimer plusieurs personnes à la fois mais qu’il est plus aisé et plus confortable aujourd’hui de se bander les yeux plutôt que d’oser l’affirmer. De même qu’il nous est plus facile de définir comme précieuses, des personnes qui viennent conforter notre estime de soi, d’apprécier des individus qui nous caressent dans le sens du poil, plutôt que d’accepter celles et ceux qui bouleversent notre si fragile et bancale construction intérieure… Il me serait facile d’affirmer rêver moi aussi d’un amour unique, quitte à m’autoriser, comme cinq femmes et sept hommes sur dix aujourd’hui, à assouvir en secret certaines envies incompatibles avec l’affirmation précédente. Mais n’est-ce pas plutôt dans l’acceptation mutuelle de la fragilité de la relation et dans l’application conjointe à explorer avec curiosité les composantes de cette alchimie merveilleusement instable que peut naitre et grandir la compréhension de soi et l’acceptation de chacun. L’amour, unique, multiple ou universel, quelque en soit sa forme ou sa définition nait de cela et ne peut exister sans cela. |
|
Coldcut – Return to margin (Afterlife Mix) |
Posts Tagged ‘compréhension de soi’
mars 3rd, 2008
3 Comments »

